Résumé

En vue de contribuer à la lutte contre les parasites gastro-intestinaux du caprin nain en Côte d’Ivoire, une étude visant à tester la sensibilité in vivo des nématodes face à l’albendazole a été réalisée sur 239 caprins issus de 17 fermes. La méthode de flottaison de Willis et celle de McMaster ont été utilisées pour déterminer, respectivement, la présence de nématodes chez les caprins et les charges parasitaires avant et après le traitement antiparasitaire. Les résultats ont révélé une forte efficacité de l’albendazole face aux nématodes sur tous les sites de l’expérimentation avec un pourcentage de réduction minimum des œufs excrétés estimé à 99,4%. Ces résultats mettent en évidence la faible prévalence des nématodes résistants à l’albendazole, au sein des populations caprines dans le Sud et Centre-Est de la Côte d’Ivoire.


Mots clés: Caprin, nématodes gastro-intestinaux, résistance, albendazole, Côte d’Ivoire

INTRODUCTION

En Côte d’Ivoire, le développement de l’élevage des petits ruminants en général et celui des caprins nains, en particulier, est à la traine (Yapi-Gnaore et al., 1996 ; Emanfo et al., 2015). Pour amorcer le développement de la filière des petits ruminants, il faudrait en amont disposer de données scientifiques, notamment la maîtrise des pathologies développées par ces animaux (Bonfoh et al. 1995 ; Achi et al., 2003). Il s’agit par ordre d’importance des pathologies pulmonaires, digestives et sanguines causées généralement par les parasites. Ces derniers sont responsables de plus 40 % des mortalités avant le sevrage des jeunes ruminants (Ndao et al., 1995 ; Bastiaensen, 2003). Ainsi, des enquêtes épidémiologiques ont-elles été réalisées par Achi et al. (2003) sur les ovins et les caprins dans la zone savanicole Nord, par Komoin-Oka et al. (1999) dans la zone forestière Sud sur les ovins de race Djallonké et par Emanfo et al. (2016), sur les caprins nains. Ces enquêtes ont permis d’établir le profil des parasites gastro-intestinaux des caprins en Côte d’Ivoire et d’identifier Trichostrongylus colubriformis et Haemonchus sp comme étant les nématodes intestinaux prédominants chez les petits ruminants. En ce qui concerne la sensibilité de ces nématodes du caprin nain face aux anthelminthiques usuels, aucune étude scientifique n’a été entreprise, à ce jour, dans le Sud de la Côte d’Ivoire, pour évaluer le niveau de résistance chez les caprins nains. A l’instar des autres pays de la sous-région ouest africaine, le contrôle des nématodes gastro-intestinaux, en Côte d’Ivoire, s’appuie principalement sur l’utilisation de l’albendazole (Yapo, 1988 ; Assoumy, 2009). Or, en Afrique tropicale, notamment en République Démocratique du Congo (Okombe et Pongombo, 2013), en Éthiopie (Furgasa et al., 2017), en Gambie et au Sénégal (Bâ et Geerts, 1998), des études ont montré que l’utilisation répétitive de l’albendazole depuis plus de 40 ans a conduit au phénomène de résistance des parasites gastro-intestinaux. C’est dans cette optique que cette recherche se propose d’étudier la sensibilité naturelle éventuelle des nématodes gastro-intestinaux des caprins nains, face à cette molécule. Cette étude permet donc de combler ce vide en Côte d’Ivoire, en présentant un bilan partiel de la sensibilité des nématodes dans le Sud et le Centre-Est du pays.

MATERIEL ET METHODES

Choix des animaux

Le matériel animal, utilisé pour la conduite des tests de sensibilité, était composé de 239 caprins de race naine. Ces animaux étaient tous âgés de plus de 3 mois, leur poids vif variait de 4 à 22 kg et les femelles gestantes ont été exclues de l’expérimentation. L’estimation de l’âge des caprins s’est faite par l’observation des incisives des animaux suivant la méthode de Baronne (1986) cité par Salami (1990). Ces animaux appartenaient à 17 éleveurs, issus de 7 villages, dans 4 régions du Sud et du Centre-Est de la Côte d’Ivoire (Tableau 1).

Tableau 1: Répartition des animaux traités en fonction des sites

Matériel technique

La réalisation des tests de sensibililtés des helminthes gastro-intestinaux face à l’albendazole a nécessité l’utilisation de verreries, de consommables, de produits antiparasitaires et d’appareils. Le produit antiparasitaire utilisé a été « Alben 300 ». Le principe actif de ce produit est l’albendazole. La posologie recommandée par le fabricant pour les ovins et caprins était de 7,5 mg par kg de poids vif, soit un demi-comprimé de 300 mg pour 20 kg de poids vif. Un réfrigérateur (-4°C) a été utile pour conserver les échantillons de fèces. Une centrifugeuse a servi à concentrer les œufs de parasites afin d’isoler les résidus fécaux. Enfin, une balance de 200 kg de portée et de 100 g de précision a servi à peser les animaux avant l’administration de l’albendazole. Les comprimés ont été administrés par voie orale à raison de 7,5 mg par kg de poids vif, après avoir pesé chaque animal et la quantité de médicament correspondante.

Échantillonnage

La population cible comprenait les élevages de caprins sédentaires, y compris les élevages familiaux, connus dans cinq localités du Sud et du Centre-Est de la Côte d’Ivoire (tableau 1). Compte tenu du manque de données statistiques sur les caprins dans cette zone, la méthode d’échantillonnage a été non probabiliste. L’identification des exploitations a été fondée sur des données provenant d’un recensement des éleveurs réalisé par l’Agence Nationale d’Appui au Développement Rural (ANADER) en 2013. Ce recensement avait permis d’identifier 22 éleveurs professionnels de caprins dans toute la zone Sud du pays. Le choix d’un élevage caprin pour conduire le test de sensibilité s’est justifié par trois critères : (a) l’éleveur devait avoir (au moins une fois) utilisé l’albendazole pour déparasiter ses animaux, (b) la disponibilité d’un parc de nuit (enclos) pour faciliter la capture