Résumé

La présente étude vise à localiser d’éventuels foyers d'infections d’origines fongiques et bactériennes de l’olivier au niveau de la région de Tadla-Azilal et d’en estimer les taux d’infestation sur la base d’un diagnostic symptomatologique. Les prospections effectuées, dans 11 communes et villages (Février-Avril 2017), nous ont permis de recenser la présence de trois maladies d’origine microbienne dont deux d’origine fongique à savoir la verticilliose et la tavelure (l’œil de paon) et une d’origine bactérienne, la tuberculose de l’olivier. L’importance de la tavelure dans la région est 91,3 %. Les vergers de Béni Mellal, Tagzirt, Mghila et Sidi Jabber sont les plus touchés par cette maladie. Quand à la verticilliose, une des maladies les plus graves de l'olivier, elle représente 65,2% dans la région, notamment au niveau des vergers de Fquih Ben Salah (75%) qui sont les plus atteints suivis de Béni Mellal et Azilal avec 66,7% et 55,6%, respectivement. L’importance de la bactériose dans les oliveraies est de 13,0%. Sur 6 douars et communes de la région de Béni Mellal visités, 2 (soit 33,3%) sont atteints de la maladie. Dans la région d’Azilal, aucun signe de cette maladie n’est rencontré. L’évaluation des connaissances de 103 agriculteurs de la région vis-à-vis des phytopathologies et les méthodes de lutte révèle que 82,8% ont des connaissances sur la présence des ravageurs et maladies microbiennes, dont l’œil de paon, le psylle, la verticilliose sont les plus mentionnés. Néanmoins, seulement 48,5% de ces agriculteurs déclarent l’adoption d’un traitement phytosanitaire contre ces phytopathologies.


Mots clés: Maladies d’oliviers, champignons, bactéries, région Tadla-Azilal

Introduction 

L’olivier (Olea europaea L.) représente la principale espèce fruitière au Maroc où il occupe des superficies de plus de 50% de la superficie arboricole nationale soit 6% de la superficie du bassin méditerranéen (Sedra, 2002 ; Ater et al., 2016). Actuellement, le Maroc est le deuxième producteur mondial d’olive de conserve et le sixième producteur mondial d'huile d'olive derrière l'Union européenne, la Tunisie et la Turquie (El Mouhtadi et al., 2014 ; El Qarnifa et al., 2019). Dans la région Tadla-Azilal, l’olivier constitue le patrimoine régional d’excellence de l’agriculture en occupant une superficie estimée à 65 500 ha représentant 12% en oléiculture nationale et 60% d’essences fruitières au niveau de cette région (Daouani, 2014 : Taïbi et al., 2015).

Bien que le Maroc possède une diversité génétique substantielle parmi ses variétés d’oliviers, il se distingue des autres pays oléicoles par la dominance d’une seule variété dénommée « picholine marocaine » à double usage : huile d’olive et olives de table. Localement, cette variété est appelée également «Zeitoun Beldi» et couvre 90% du total des vergers d'oliviers marocains (APP, 2010 ; El Mouhtadi et al., 2014 ; Mansouri et al., 2015 ; El Qarnifa et al., 2019). Son importance se justifie par la qualité de ses produits et leurs utilisations séculaires ainsi que ses fonctions multiples de lutte contre l’érosion, de valorisation des terres agricoles et de fixation des populations dans les zones de montagne (APP, 2010). Malgré sa bonne adaptation, elle a un rendement oléique moyen du 18 % et elle présente un fort indice d’alternance de production ainsi qu’une forte sensibilité à certaines maladies et ravageurs (Mouhtadi et al., 2014).

En fait, les différentes études réalisées à l’échelle nationale ont révélé que l'olivier et ses produits peuvent être endommagés par la présence de nombreux insectes ravageurs (Zouiten et El Hadrami, 2001 ; Chliyeh et al., 2014 ; Meftah et al., 2014). Ce problème phytosanitaire de l'olivier constitue le principal obstacle à la productivité de l'oléiculture. Parmi les principaux ravageurs d’olivier marocain, les plus nuisibles sont la teigne de l'olivier (Prays oleae) ; la mouche de l'olivier (Bactrocera olea); le psylle de l'olivier (Euphyllura olivina) et la cochenille noire (Saissetia oleae) (Zouiten et El Hadrami, 2001 ; APP, 2010; COI, 2007 ; Chliyeh et al., 2014).

En plus de ces ravageurs, les microorganismes sont aussi impliqués dans l’atteinte d’oliviers marocains. Les principaux champignons identifiés sont : Fusicladium oleagineum responsable de l’œil de paon (Rongai et al., 2012), Verticillium dahliae l’agent causal de la verticillose (COI, 2007), Fumago salicina et Capnodium oleaginum impliqués dans l’apparition de la fumagine (APP, 2010). Alors que parmi les bactéries impliquées, Pseudomonas savastanoi pv savastanoi a été identifiée comme responsable de la tuberculose de l’olivier caractérisée par la présence des tubercules sur les branches et les tiges (APP, 2010 ; Chliyeh et al., 2014).

Les symptômes de ces maladies sont divers et peuvent toucher tous les organes de l'olivier (rameaux, feuilles, fleurs, et fruits) dont les dégâts peuvent allez de la chute prématurée des feuilles jusqu’à la diminution de la quantité et la qualité d'huile pouvant provoquer ainsi des dégâts économiquement importants en l'absence de toute intervention sanitaire (APP, 2010; COI, 2007 ; Zouiten et El Hadrami, 2001).

Dans ce contexte, le présent travail est la première étude qui consiste à localiser d’éventuels foyers des infections d’origines fongiques et bactériennes au niveau de quelques oliveraies prospectées dans la région de Tadla-Azilal et d’en estimer les taux d’infestation sur la base d’un diagnostic symptomatologique. L’investigation a également pour objectif d’évaluer le degré de connaissance des agriculteurs sur la présence de ravageurs et maladies microbiennes dans la région d’étude ainsi que déterminer si les méthodes de lutte sont adoptées.

Matériel et méthodes

Présentation de la région étudiée : Tadla-Azillal

La région Tadla-Azilal était l'une des seize régions du Maroc avant le découpage territorial de 2015. Elle a été intégrée avec les provinces de Khénifra et de Khouribga dans la nouvelle région de Béni Mellal-Khénifra.

Elle est située au centre du pays sur une superficie de 17125 km2 De sa situation entre deux plateaux de phosphate et le moyen Atlas, la région de Tadla Azilal d’une altitude moyenne de 400 à 700 m se caractérise par un climat très continental, et la quantité de précipitations varie entre 300 et 750 mm selon les années (El Azzouzi et Zidane, 2015). Cette région regroupe trois provinces qui sont Béni Mellal, Azilal et Fquih Ben Salah. L’agriculture représente l’activité dominante au niveau de la région, aussi bien par les emplois offerts (81% de la population active occupée rurale en 2008) que par les effets induits sur l’économie régionale. D’autant plus que la région, avec ses plaines (Tadla) et ses importantes ressources en eau, offre la possibilité de développement d’une agriculture moderne et industrialisant (Direction Régionale du Haut-commissariat au Plan, 2010). En ce qui concerne les plantations exercées dans la région, les cultures fruitières sont constituées essentiellement par des vergers d’oliviers (Taïbi et al., 2015). Effectivement, ce patrimoine couvre une superficie de 65 500 hectares dans la région (Daouani, 2014) dont les olives représentent environ 12% de la production nationale parmi les fruitiers (Taïbi et al., 2015).

En outre, l’activité d’oléiculture joue un rôle incontestable sur le plan socio-économique par la création de 2 millions de journées de travail annuellement dont 6500 emplois permanents (Daouani, 2014).

De plus, le secteur de l’huile d’olive est caractérisé par un développement lié à l’augmentation de la demande (Taïbi et al., 2015).. En fait, la production réalisée en 2016-2017 est de l’ordre de 150000 tonnes. Cette production est assurée par une superficie oléicole irriguée qui représente 80% avec 5000 Ha conduite en irrigation à économie d’eau (goutte à goutte) et 1000 Ha en super intensive (Daouani, 2014).

Prospection et identification des maladies d’origine microbienne

Selon les stations oléicoles de la région étudiée et la répartition géographique provinciale, nous avons réparti cette région en trois zones (Figure 1):

• Zone 1 : Fquih Ben Salah

• Zone 2 : Azilal

• Zone 3 : Béni Mellal

Les prospections sur terrain ont été réalisées, graduellement, depuis le mois de Février jusqu’à Avril 2017. Elles consistent à choisir au hasard plusieurs exploitations oléicoles réparties au niveau de la région. Ainsi 11 communes et villages ayant une activité oléicole importante, ont été choisis et répartis comme le suivant :

• Zone 1 : Bradia, Oulad Youssef, Oulad said, Fquih Ben Salah

• Zone 2: Afourar, Béni Ayat

• Zone 3: Mghila, Tagzirt, Sidi Jaber, Tadla, Fryata

Figure 1:.

Par ailleurs, dans la prospection des vergers d’oléicultures nous avons effectué des parcours en suivant un modèle diagonal dont les déplacements dans le verger sont en zigzags selon le protocole adopté par Dieudonné (1989) (Figure 2). Cette méthode vise à couvrir la plus grande superficie du champ et d'inspecter le plus grand nombre d’arbre d’olivier tout en réduisant les probabilités d'omettre un foyer d'infestation.

Les observations et les notations de terrain sont basées sur un diagnostic symptomatologique, indicateur de la présence de la maladie, en utilisant des guides fournies par l’Institut National de la Recherche Agronomique.

Figure 2:.

Etat de connaissance des agriculteurs aux ravageurs et maladies microbiennes

Afin d’assurer une bonne couverture spatiale des zones étudiées, nous avons adopté un questionnaire qui cible les agriculteurs pratiquant l’oléiculture pour:

• Estimer l’état de connaissance de ces agriculteurs aux ravageurs et maladies microbiennes

• Déterminer si les moyens de lutte sont pratiqués contre ces phytopathologies.

Résultats et discussion

Prospection et identification des maladies d’origine microbienne

Les prospections effectuées dans les trois zones d’oléiculture désignées, nous ont permis de recenser la présence de trois maladies d’origine microbienne dont deux d’origine fongique à savoir la verticilliose, et la tavelure et une d’origine bactérienne, la tuberculose de l’olivier.

Tavelure de l’olivier

Importance de la maladie

La tavelure de l’olive,