Résumé

Au début des années 1970, le Maroc a introduit l’irrigation par aspersion pour accélérer le rythme de l’extension de l’irrigation, améliorer l’efficience d’irrigation, et rendre plus facile la pratique d’irrigation. Installée sur 151 700 ha, principalement en grande hydraulique, l’irrigation par aspersion n’a pas connu le succès escompté. L’objectif du présent article est de tirer les enseignements de la mise en œuvre de l’irrigation par aspersion et d’interroger son avenir au Maroc dans un contexte de reconversion vers le goutte-à-goutte. Le travail a été mené en croisant une analyse des discussions par les professionnels quant à la mise en œuvre de l’irrigation par aspersion au Maroc depuis la fin des années 1960, avec des observations de terrain dans le secteur C3 dans le périmètre du Gharb, concerné par un projet collectif de reconversion de l’irrigation en aspersion vers le localisé depuis 2011. Les principales difficultés rencontrées dans la mise en œuvre et la conduite de l’irrigation par aspersion au Maroc concernent : (i) les choix techniques lors de la conception des projets, en particulier l’utilisation collective du matériel mobile d’irrigation (MMI) ; (ii) le dysfonctionnement du réseau en raison des difficultés de mettre en œuvre une irrigation à la demande ; (iii) la facturation collective forfaitaire et l’endettement des agriculteurs en raison d’absence de compteurs individuels; (iv) le coût élevé de l’énergie ; (v) le morcellement continu des parcelles agricoles, même après le remembrement ; et (vi) la faible valorisation de l’eau. Face à ces problèmes, les Offices ainsi que les agriculteurs ont introduit un certain nombre d’ajustements, par exemple en individualisant le MMI et en renouvelant les bornes d’irrigation. Dans le secteur C3, le nouveau projet de reconversion vers le goutte-à-goutte a permis d’apporter d’autres solutions, en particulier en individualisant les prises individuelles et en introduisant les compteurs permettant une facturation personnalisée. Paradoxalement, bien qu’exprimant leur satisfaction pour la résolution de ces problèmes et malgré le manque d’intérêt des pouvoirs publics et de la recherche pour cette technique, les agriculteurs continuent à utiliser l’aspersion, en particulier pour les grandes cultures, tout en expérimentant le goutte à goutte. L’expérience de l’irrigation par aspersion montre ainsi l’importance d’une période d’ajustement pour que les utilisateurs et les techniciens puissent progressivement améliorer la conception et l’utilisation de la technique afin de répondre au mieux aux exigences des utilisateurs et aux objectifs d’efficiences technique et agro-économique. La mise en place contemporaine du goutte-à-goutte dans les périmètres de la grande hydraulique pourra s’inspirer utilement de cette expérience pour réussir sa mise en place, en capitalisant sur 50 ans d’expérience de l’irrigation par aspersion.


Mots clés : irrigation, aspersion, modernisation, goutte-à-goutte, Gharb.