Résumé

La non diversification et la pauvre qualité des régimes alimentaires ont été identifiées comme les principales causes des maladies dans les pays en voie développement. La promotion d’un régime alimentaire équilibré et varié offre des alternatives prometteuses pour assurer une sécurité alimentaire et nutritionnelle durable. L’objectif de cette étude est d’évaluer la perception des consommateurs urbains sur les produits alimentaires. Les données ont été collectées à l’aide d’un dispositif expérimental tandis que la méthode du meilleur et du pire a permis d’analyser les données auprès de 160 consommateurs aléatoirement choisis. Les résultats suggèrent que la valeur des produits d’origine végétale est nettement supérieure à celle des produits d’origine animale. En plus, les résultats indiquent que quelles que soient les caractéristiques socioéconomiques, les céréales, la viande, les épices, les produits laitiers et les légumes sont les produits alimentaires les plus appréciés par les consommateurs. Les résultats de cette étude permettront de développer des stratégies visant à promouvoir une alimentation saine, équilibrée et diversifiée afin de réduire significativement la faim cachée surtout chez les enfants et les femmes enceintes.


Mots clés: Déterminants, sécurité alimentaire et nutritionnelle, produits alimentaires, consommateurs

INTRODUCTION

L’absence de diversification et la pauvre qualité des régimes alimentaires sont les principales causes de la faim cachée et des maladies chroniques dans les pays en voie de développement. Une étude stipule que l’échec de la lutte menée pour faire reculer la faim dans le monde est étroitement lié à la montée des conflits et de la violence parfois amplifiés par les sécheresses, les inondations et le changement climatique (FAO, FIDA, OMS, PAM, UNICEF, 2017)

Plusieurs stratégies telles que la diversification des régimes alimentaires, la diversification des variétés cultivées, la fortification des aliments commerciaux et la bio-fortification des variétés locales ainsi que le renforcement de la résilience ont été proposées pour améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle des couches les plus vulnérables dans les pays en voie de développement, favorisant ainsi la paix et la tranquillité dans le monde (Naico et Lusk, 2010). En outre, le lien entre la pression démographique, le changement climatique, la migration et la sécurité alimentaire et nutritionnelle est clairement établi. La question fondamentale est de déterminer la quantité d’aliments que les gens auront besoin dans le futur et celle qu’ils ont aujourd’hui. En plus, la dimension temporaire de la disponibilité des aliments reste et demeure une question centrale qui mérite une attention particulière pour les sciences agro économiques. La promotion de la diversité alimentaire tant en qualité qu’en quantité permet d’obtenir une alimentation durable et variée. Toutefois, la disponibilité et la qualité des données pour estimer la demande des produits alimentaires est un défi dans les pays en voie de développement. Un autre défi est que la recherche en psychologie montre que nous avons une tendance à croire que les autres se comportent comme nous comparé à ce qu’ils représentent réellement.

Les agroéconomistes et les économistes ont étudié comment le comportement des consommateurs change avec le changement de l’environnement économique. L’inadéquation entre l’offre et la demande et l’asymétrie d’information entre les différents agents entraineraient une distorsion du marché, conduisant ainsi à un déséquilibre dans l’échange. L’effet de substitution qui est le changement de la demande résultant du changement dans le taux d’échange entre deux biens ainsi que l’effet du revenu qui est le changement de la demande en relation avec le pouvoir d’achat ont également fait l’objet d’une étude rigoureuse en sciences économiques. Par ailleurs, la loi de la demande stipule que la demande d’un bien augmente quand le revenu augmente; ensuite la demande pour le même bien doit être réduite quand son prix augmente, toutes choses étant égales par ailleurs (Varian, 2006).

Les valeurs alimentaires des aliments ont été proposées dans les études récentes comme une méthode stable pour l’identification et la construction des préférences des consommateurs (Lusk et Briggeman, 2009). Ces mêmes valeurs alimentaires des aliments documentées par Lusk et Briggeman(2009) se maintiennent quand elles sont appliquées aux produits alimentaires tels que le lait, la viande et les œufs (Lister et al., 2017). Néanmoins, aucune étude sérieuse n’a été entreprise pour étudier la perception des consommateurs urbains sur les produits alimentaires dans les pays en voie de développement où la demande des produits du terroir se fait par simple spéculation. Par conséquent, la production des données actualisées sur le comportement des consommateurs permettront de formuler des meilleures politiques alimentaires.

L’objectif de cette étude est de déterminer la perception et les préférences des consommateurs urbains sur les produits alimentaires. Les objectifs spécifiques consistent à déterminer l’influence des caractéristiques socio-économiques des consommateurs urbains sur le choix ou la consommation les produits alimentaires et sur la valeur des produits d’origine animale et végétale. Les auteurs formulent l’hypothèse selon laquelle la valeur des produits d’origine animale pour les consommateurs est significativement supérieure à la valeur des produits d’origine végétale.

CADRE  THEORIQUE  ET CONCEPTUEL

La modélisation des comportements des consommateurs est bien documentée dans la littérature économique et économétrique. L’approche de l’utilité stipulant que le comportement d’un agent économique face à des options multiples et variées cadre avec sa valeur a révolutionné la pensée économique. La fonction d’utilité aléatoire obtenue avec l’optimisation des biens marshalliens a récemment révolutionné la pensée économique d’une part et la pensée algorithmique avec les outils informatiques, d’autre part.

La pensée algorithmique a été récemment utilisée pour la modélisation et l’évaluation des préférences des attributs d’un bien ou d’un service. Ainsi, Lusk et Briggeman (2009) et Lister et al. (2017) ont récemment employé la pensée algorithmique pour étudier les préférences des attributs des aliments. Le dispositif bloc incomplet équilibré a été souvent utilisé pour construire le questionnaire ayant servi pour collecter les données. Toutefois, l’usage du bloc complet équilibré pour la collecte des données économiques est à un stade embryonnaire. L’efficacité de ces deux approches n’a pas fait l’objet d’une étude comparative sérieuse à notre connaissance.

La pensée économique a aussi connu une révolution spectaculaire avec l’avènement de l’économie expérimentale. Le dispositif factoriel fractionné ainsi que le bloc incomplet équilibré, qui sont bien enracinés dans l’expérimentation agronomique, ont été largement utilisés dans la modélisation des comportements des consommateurs. Les auteurs assument que les répondants font des séries de choix répétitifs entre les options les plus importantes et les options les moins importantes. La différence entre les options les plus importantes et les moins importantes cadre parfaitement avec la théorie de l’utilité qui est bien encrée dans la pensée microéconomique.

La méthode de l’échelle de Likert a été traditionnellement utilisée pour modéliser la perception des consommateurs et des producteurs. Malgré ses avantages avérés dans la modélisation des préférences des consommateurs, cette méthode présente des limites notamment dans le choix des modalités souvent baisés, le manque de compromis parmi les modalités évalués et la difficulté à interpréter les résultats analysés. La méthode de l’échelle du meilleur et du pire a récemment été inventée pour combler l’insuffisance constatée avec l’échelle de Likert (Louvière et al., 2013). Ainsi, cette méthode a permis de classer les modalités en trois groupes notamment les plus importants, les moins important et les indifférents. Chaque modalité a la même probabilité être choisie comme la plus importante et la moins importante, cadrant ainsi avec le principe d’équiprobabilité (Lusk et Briggeman, 2009).

MATERIELS ET METHODES 

Collecte des données

La méthode de l’échelle du meilleur et du pire a été utilisée pour collecter des données auprès des répondants. En fonction de la littérature disponible et un entretien avec les personnes ressources, 12 types d’aliment ont été identifiés et inclus dans l’analyse. Ainsi, pour chaque question, il a été demandé à chaque personne sondée de choisir ses quatre aliments les plus importants et ses quatre aliments les moins importants. Au total, 160 personnes ont été aléatoirement interviewées. Les données ont été collectées sur le marché de Tahoua et la technique du pas a été employée. Ainsi, les agents enquêteurs se plaçant devant une porte du marché et interrogent les entrants de façon aléatoire en utilisant la méthode du pas. Après avoir laisse passer 5 personnes, la 6eme est systématiquement sélectionnée et enquêtée. La technique est répétée plusieurs fois jusqu’à ce que l’échantillon souhaité soit constitué.

Modélisation économétrique

Nous supposons que la méthode consistant à demander aux consommateurs de choisir les types d’aliments les plus importants et les types les moins importants cadre avec l’utilité aléatoire qui est bien enracinée dans la théorie microéconomique. Ainsi, la fonction d’utilité pour les différents types d’aliments peut être mathématiquement représentée comme suit:

Ainsi, le poids alpha peut être alternativement calculé de la façon suivante:

Finalement, l’usage de la fonction exponentielle a permis de calculer le pourcentage des préférences pour chaque produit alimentaire. Ainsi, la fonction exponentielle incorporée dans le Microsoft Excel a été utilisée pour calculer et normaliser les préférences de la façon suivante:

La fonction somme a été aussi utilisée pour calculer le total des PS_i tandis que le pourcentage de chaque produit alimentaire a été calculé de la façon suivante:

Où PPS_i est le poids en pourcentage (%) pour un produit alimentaire i donnée.

RESULTATS  ET  DISCUSSIONS

Cette section présente les résultats de l’analyse sur les caractéristiques socio-économiques et la perception des consommateurs urbains sur les produits alimentaires. Ainsi, le Tableau 1 rapporte les caractéristiques socioéconomiques des personnes sondées. Les résultats indiquent que l’âge moyen des enquêtés est de 37 ans, révélant que les enquêtés sont des jeunes adultes n’ayant pas tellement accumulé beaucoup d’expérience dans la consommation des produits alimentaires. Les résultats montrent également que la majorité des enquêtés sont des hommes mariés et sans instruction, signifiant que les hommes mariés sont plus impliqués dans l’achat des produits alimentaires. La majorité des enquêtés ont en moyenne une famille de 8 membres et des revenus faibles. En outre, les résultats montrent que le lien entre le changement climatique, l’environnement et le régime alimentaire est bien établi. Ainsi, le changement climatique a été identifié comme une menace pesant sur la sécurité alimentaire, affectant ainsi les couches les plus vulnérables notamment les petits agriculteurs et les éleveurs nomades (Oxfam, 2006). Ces résultats cadrent avec ceux de Nakelse et de Dalton (2018) stipulant que la majorité des consommateurs sont jeunes et mariés avec un revenu faible et appartenant à une famille large de 6 à 8 membres.

Le Tableau 2 présente les résultats de l’analyse basée sur la comptabilité des préférences. Un coefficient positif indique que le produit est plus préféré tandis qu’un coefficient négatif montre un produit moins préféré. Quand la somme portant sur les choix les plus importants est supérieure à celle des moins importants, cela indique que la probabilité de choisir les plus importants prime. Le Tableau 2 montre que la somme des plus importants (641) et celle des moins importants (641), signifiant ainsi que les choix du plus importants et du moins importants sont identiques. Le Tableau 2 révèle également que les céréales, la viande, les épices/condiments et l’huile sont les produits alimentaires les plus importants pour les consommateurs. A l’inverse, les fruits, les produits laitiers, les légumes, les œufs, le foie, le poisson, le sucre/Thé vert et les tubercules sont les produits alimentaires les moins importants pour les consommateurs urbains. Le Tableau 2 présente également le poids en pourcentage de chaque produit alimentaire. Les produits alimentaires ayant des coefficients de préférence supérieurs ou égal à un sont les plus préférés, tandis que les produits alimentaires ayant des coefficients inférieurs à un sont les moins demandés. Les résultats sur le pourcentage révèlent que les céréales (9,16%) est le produit alimentaire ayant le pourcentage le plus élevé, suivi de la viande (8,86%), des épices/condiments (8,76%) et de l’huile (8,64%). Par contre, les produits alimentaires ayant des pourcentages variant de 7,89% à 8,27% sont les moins préférés. La somme des coefficients agrégés pour les aliments d’origine animale (-0,053) est inférieure à celle des coefficients des produits d’origine végétale (0.053), révélant que les préférences des produits d’origine végétale sont les plus importantes pour les consommateurs.

Tableau 2. Les préférences des différents produits alimentaires

Le Tableau 3 présente l’influence du genre sur les préférences des produits alimentaires. Le résultat montre que la préférence moyenne des produits chez les hommes est généralement supérieure à celle des femmes. Les préférences pour les céréales, la viande, l’huile et les épices/condiments sont positifs pour les deux catégories de consommateurs, impliquant que les préférences sont hétérogènes. Les préférences pour les céréales, la viande, les épices/condiments, les légumes et les produits laitiers sont positifs, révélant que les femmes ont des préférences plus élevés pour ces produits. Toutefois, les préférences des hommes pour les produits alimentaires sont plus élevées que celles des femmes, révélant ainsi que les hommes sont plus engagées dans les achats et la consommation des produits alimentaires. Ces résultats cadrent avec l’étude de Lusk et Briggeman (2009) qui indiquent une hétérogénéité significative portant sur l’importance relative des valeurs alimentaires.

Tableau 3. Influence du genre sur les préférences des produits alimentaires

Le Tableau 4 présente l’influence des catégories d’âge sur les préférences des produits alimentaires. Les résultats montrent que la préférence moyenne pour les produits alimentaires chez les vieux est généralement plus élevée que celle des jeunes, signifiant que les vieux accordent une importance capitale a ces produits. Par conséquent, seule une sensibilisation sur la nutrition permet de renverser cette tendance chez les jeunes. Les coefficients des céréales, de la viande et des produits laitiers pour les jeunes sont plus élevés que ceux des vieux, révélant ainsi que les jeunes ont une préférence élevée pour les céréales, la viande et les produits laitiers. Par contre, les coefficients pour les épices/condiments, les fruits et l’huile chez les vieux sont plus élevés que ceux des jeunes, montrant que les vieux ont une préférence plus élevée pour les épices, les fruits et l’huile. L’hypothèse la mieux indiquée pour expliquer ce choix est que les vieux ont souvent des interdits alimentaires notamment le problème de cholestérol, la goutte liée à la consommation de la viande qui les poussent à faire des choix raisonnés. La culture peut également décourager la consommation des œufs chez les jeunes qui risquent de développer une gourmandise qui pourrait conduire au vol. En outre, la consommation des poissons dans certaines cultures surtout les nomades n’est pas largement répandue. Ces conclusions révèlent que des facteurs comme la qualité, la nutrition, le goût, la sécurité alimentaire et le prix influencent fortement la différence entre les jeunes et les vieux dans le choix des aliments. En outre, ces résultats confirment ceux d’une étude réalisée par Lister et al. (2017), révélant que la sécurité, la nutrition, le goût et le prix sont les attributs les plus importants pour les consommateurs.

Tableau 4. L’influence de l’âge des consommateurs sur les préférences des produits alimentaires

Le Tableau 5 présente l’influence de la situation matrimoniale sur les préférences des produits alimentaires. Les résultats indiquent que la préférence moyenne pour ces produits chez les non mariés est généralement plus élevée que celle des maries. Les résultats montrent également que les coefficients pour les céréales, les épices, la viande et l’huile sont plus élevés chez les mariés que chez les non mariés, impliquant que ces produits sont plus préférés chez les mariés. Par contraire, les coefficients pour les fruits, les légumes et les produits laitiers chez les non mariés sont plus élevés que ceux des mariés, révélant que les non mariés ont une préférence plus élevée pour ces produits. L’hypothèse la plus probable pour expliquer ces résultats réside dans le fait que les non mariés optent généralement pour les aliments faciles à préparer ainsi que les habitudes alimentaires.

Tableau 5. L’influence de la situation matrimoniale sur les préférences des consommateurs

Le Tableau 6 présente l’influence du niveau d’éducation sur les préférences des consommateurs. Les résultats montrent que la préférence moyenne des produits alimentaires pour les instruits est généralement plus élevée que celle des non instruits. L’explication qui parait la plus plausible pour ces résultats est que l’instruction scolaire joue un rôle important dans la sélection des aliments les plus nutritifs pour la nutrition et la qualité, tandis que les non instruits mettent l’accent sur le goût et la quantité. On peut également ajouter que les instruits ont la capacité de faire l’arbitrage entre la qualité des aliments et les externalités négatives notamment les coûts en santé liées à la consommation de certains aliments.

Tableau 6. L’influence de l’instruction scolaire sur les préférences des produits alimentaires

Le Tableau 7 présente l’influence du revenu sur les préférences des produits alimentaires. Les résultats montrent que les consommateurs à un revenu faible ont une forte chance d’effectuer le choix du moins important, contrairement aux consommateurs à un revenu intermédiaire. Les coefficients pour les céréales, la viande, les produits laitiers et les fruits chez les consommateurs à un revenu faible sont supérieurs à ceux des consommateurs à un revenu intermédiaire, révélant ainsi que les préférences les plus élevées ont été observées chez les consommateurs à un revenu intermédiaire. En revanche, les coefficients pour les épices/condiments, l’huile et les légumes chez les consommateurs à un revenu intermédiaire sont plus élevés que ceux des consommateurs à un revenu faible. Cela signifie que le revenu est un facteur déterminant dans le choix et la consommation des aliments. Plusieurs facteurs expliquent concomitamment la demande de la viande. En plus, des déterminants traditionnels de la demande qui sont le prix et le revenu, plusieurs facteurs non traditionnels affectent la demande de la viande, notamment la santé, la nutrition et l’information sur de la sécurité alimentaire. En outre, le développement de l’offre des nouveaux produits, le changement des caractéristiques socio- démographiques et le mode de vie des consommateurs affectent également la demande de la viande (Tonsor et al., 2010).

Tableau 7. L’influence du revenu sur les préférences sur les produits alimentaires

Le Tableau 8 présente les résultats de la valeur des produits alimentaires d’origine animale et d’origine végétale. Les résultats montrent que la valeur totale et agrégée des produits d’origine végétale est généralement supérieure à celles des produits d’origine animale, indiquant que les consommateurs placent plus de valeur sur les produits alimentaires d’origine végétale. L’hypothèse de recherche indiquant que la valeur des produits d’origine végétale est nettement supérieure à celle d’origine animale est rejetée, impliquant que les consommateurs placent une valeur plus élevée sur les produits d’origine végétale. Ces résultats ne cadrent pas avec une étude conduite par Lusk et Norwood (2009) montrant que la population américaine en moyenne place une valeur élevée pour avoir de la viande dans leur régime alimentaire que d’avoir un autre produit alimentaire. L’hypothèse la plus plausible capable d’expliquer ces résultats réside dans le fait que la consommation des produits alimentaires d’origine végétale réduirait les prix et la production des produits alimentaires d’origine animale. Les hommes et les femmes placent une valeur élevée sur les aliments d’origine végétale. Similairement, les jeunes consommateurs placent une valeur élevée sur les produits d’origine animale alors que les vieux placent une valeur élevée sur les produits d’origine végétale. Les mariés et les non mariés placent une valeur positive pour les produits d’origine végétale. Les consommateurs non instruits et instruits placent une valeur positive sur les produits d’origine végétale. Les consommateurs ayant un revenu faible et un revenu intermédiaire placent des valeurs positives sur les produits d’origine végétale.

Tableau 8. La valeur des produits d’origine animale et végétale en fonction des caractéristiques enquêtés

CONCLUSIONS  

Des études antérieures indiquent que la culture, la croyance religieuse, l’identité géographique et le degré de transformation (slow versus fast food) affectent fortement la consommation des produits alimentaires. L’objectif de cette étude est de déterminer les produits alimentaires les plus préférés pour les consommateurs urbains de Tahoua. La méthode du bloc complet équilibré ayant deux douze produits alimentaires a été utilisée pour collecter les données auprès de cent soixante répondants. Par question, il a été demandé à chaque répondant de choisir quatre produits alimentaires les plus importants et quatre produits alimentaires les moins importants. La différence entre les options les plus importantes et celles des moins importantes cadre avec la théorie de l’utilité aléatoire.

Les résultats indiquent que la majorité des enquêtés sont des hommes mariés, sans instruction et ayant un revenu faible et une famille de grande taille. Les résultats révèlent que le lien est bien établi entre le changement climatique, le cadre de vie et le régime alimentaire du consommateur. Les résultats montrent également que les céréales, la viande, les épices/condiments et l’huile sont les produits alimentaires les plus importants pour les consommateurs. Finalement, les résultats révèlent que les caractéristiques socio-économiques influencent fortement les préférences des consommateurs avec une grande variabilité entre les différentes catégories. La tendance générale montre que les consommateurs urbains sont des grands consommateurs de viande. Si cette tendance persiste, la population, surtout les vieux, risque de développer des maladies cardiovasculaires. Par ailleurs, les résultats suggèrent que la valeur des produits alimentaires d’origine végétale est généralement plus élevée relative à celle des produits d’origine animale.

Les résultats de cette étude permettront de mettre en place des stratégies pour une consommation diversifiée des produits alimentaires, de développer une segmentation du marché et d’améliorer significativement les revenus des agents économiques intervenant dans la chaine de valeur des produits alimentaires. En outre, une sensibilisation chez les jeunes consommateurs sans instruction augmenterait fortement la demande des produits alimentaires. Ce qui se traduira par un gain social important pour la collectivité. Les limites de cette étude résident du fait qu’elle couvre un petit échantillon, un seul milieu urbain et une liste non exhaustive des produits alimentaires. L’étude de la stabilité de ces coefficients en fonction du temps et du milieu serait un atout. Une autre piste de recherche est de comparer les résultats du dispositif bloc complet équilibré avec ceux du bloc incomplet équilibré. Enfin, la prise en compte de ces résultats est capitale pour le développement des stratégies innovantes et des politiques alimentaires durables permettant de booster la demande de ces produits, améliorant ainsi les revenus et la sécurité alimentaire et nutritionnelle des couches les plus vulnérables de la population.

REFERENCES

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