Résumé

L’association de l’espèce ligneuse Moringa oleifera et des cultures maraichères est devenue une forme d’utilisation des terres permettant aux exploitants de faire un usage judicieux des terres surexploitées. Aussi, parmi les cultures associées au M. oleifera figure aujourd’hui Solanum melongena (aubergine). Cette étude a pour objectif de passer en revue l’effet combiné des facteurs disposition et niveau de coupe des plants de M. oleifera sur les rendements en fruits de S. melongena. Ces facteurs comprennent respectivement trois et deux niveaux. Ainsi six (6) traitements A1B1, A1B2, A2B1, A2B2, A3B1 et A3B2 et un traitement témoin (T) ont été utilisés. Les paramètres étudiés sont la productivité en fruit et la corrélation linéaire entre la productivité en fruits de l’aubergine et le temps. Les tests statistiques ont montré que les traitements n’ont pas eu d’effet significatif sur le rendement de l’aubergine au seuil de 5%. L’analyse des coefficients de détermination a montré que les modèles A1B2, A2B2, A3B2 et le Témoin sont ceux qui expliquent le mieux la variabilité de la productivité en fruits en fonction du temps. Ces résultats témoignent que les exploitants peuvent associer M. oleifera à l’aubergine sans risque de perte considérable en rendement.


Mots clés: Moringa oleifera, Solanum melongena, Disposition, niveau de coupe, rendement

Introduction

Pour faire face au problème d’insécurité alimentaire, les populations nigériennes procèdent à une surexploitation des ressources naturelles mettant ainsi l’environnement en péril. Or, il n’en demeure pas moins, aujourd’hui, que la protection de l’environnement et la lutte pour la sauvegarde de la biodiversité soient beaucoup plus d’actualité. Il serait, en effet, impératif de développer des systèmes de production qui, non seulement permettraient une amélioration des rendements des cultures mais préserveraient aussi la biodiversité et l’environnement en général. L’une des pratiques à prospecter serait l’agroforesterie qui s’y pratique déjà sous différentes formes dans la plupart des régions. Mais son potentiel et sa contribution à l’économie, à la gestion de l’environnement demeurent encore largement peu connus (De Baets et al., 2007) et donc sous exploités. En effet, les producteurs du Sahel ont toujours conservé et entretenu, dans les champs, des espèces ligneuses en association avec les cultures vivrières telles que le mil, le sorgho, le maïs, le niébé ou de rente (coton, niébé et arachide). Ces arbres et arbustes remplissent des fonctions et services multiples, notamment comme source de revenus pour les ménages et contribuent à la sécurité alimentaire des populations.

Aussi, l’association M. oleifera et cultures maraichères permet aux producteurs de subvenir à certains besoins alimentaires mais de se procurer des revenus. C’est ainsi que le maraîchage devient une activité économique répondant de façon efficace à la demande alimentaire urbaine (Singbo et al., 2004) et complémentaire à l’agriculture pluviale très précaire. D’après Mawouma et al. (2014), les raisons de la consommation des feuilles de M. oleifera relèvent essentiellement de trois facteurs : la tradition alimentaire du ménage, les qualités organoleptiques des feuilles et les vertus nutritives qui leur sont associées. D’autres auteurs comme Quashie et al. (2009), Houndji et al. (2013) et Njehoya et al. (2014) ont montré l’intérêt qu’accordent les populations à la production et à la consommation des feuilles de M. oleifera. De plus, les feuilles de M. oleifera sont une source importante de vitamines (carotène, acide ascorbique, et riboflavine), de protéines et de minéraux tels que le fer et le calcium (Tchiegang et Kitikil, 2004, Akubugwo et al., 2007, Avallone et al., 2007, Ndong et al., 2007, Afoloyan et Jimoh, 2009) et ont des propriétés curatives, régulatrices et/ou stimulatrices (Dansi et al., 2008, Adjanohoun et al., 1989), antidiabétiques (Laleye et al., 2015) et anti-inflammatoires (Ndiaye Sy et al., 2016).

Par ailleurs, plusieurs études ont été conduites dans l’objectif d’évaluer l’effet de l’arbre sur la productivité des cultures intercalaires (Jose et al., 2004, Reynolds et al., 2007, Reynolds et al., 2007, Rivest et al.,2009). En effet, autant l’interaction arbre-culture peut présenter des effets positifs, autant elle peut présenter des effets négatifs (Jose et al., 2007). La concurrence des arbres pour l’eau peut devenir critique au point de réduire significativement la productivité des cultures associées (Jose et al., 2004), Reynolds et al. (2007) et Rivest et al. (2009) ont montré qu’au Québec et en Ontario, la diminution du rendement de cultures comme le soya et le maïs à proximité des arbres est généralement attribuable à leur ombrage. Gbemavo et al. (2010) ont trouvé une différence significative entre le nombre moyen de plants/m² et le nombre moyen de branches chargées de capsules par plante de cotonnier qui sont moins élevés sous le karité.

Pourtant peu d’études ont été réalisées dans le cadre de l’évaluation de l’influence des arbres fruitiers sur la productivité de ces cultures maraîchères. C’est dans ce sens que la présente a été conduite avec l’objectif d’étudier l’effet de certains traitements sur M. oleifera sur le rendement en fruits de S. melongena (aubergine).

Matériel et Méthodes

Site d’étude

L’essai a été conduit en milieu paysan dans le cinquième arrondissement de la ville de Niamey, situé à la rive droite. Le climat est de type sahélien avec des précipitations moyennes de 550mm/an et des températures moyennes fluctuant entre 23°C et 37°C (INS, 2014).

Matériel biologique

- Moringa oleifera : appartient à la famille des Moringaceae qui est une famille mono-générique d’arbres et d’arbustes de plantes dicotylédones, comprenant un seul genre : Moringa. L’espèce semble être originaire des régions d’Agra et de Oudh, au nord-est de l’Inde, au sud de la chaîne de montagne de l’Himalaya. Elle est mentionnée dans le « Shushruta Sanhita », écrit au début du premier siècle avant J-C, sous le nom de « Shigon ». Mais, il semble que la culture de cet arbre en Inde ait en fait été établie il y a plusieurs milliers d’années. Cet arbre se rencontre à l’état naturel jusqu’à 1000 m d’altitude (Odee, 1998). D’après Foidl et al., (2001) M. oleifera est aujourd’hui cultivé à travers le Moyen-Orient, ainsi que tout le long de la ceinture tropicale. Il a été introduit en Afrique de l’Est au début du 20ème siècle. Selon Besse (1996), il a été introduit dans la plupart des pays tropicaux et subtropicaux à saison sèche individualisée. Des analyses nutritionnelles ont montré que les feuilles de M. oleifera sont plus riches en vitamines, en minéraux et en protéines que la plupart des légumes (Fuglie, 2002 et Foidl et al., 2001). Elles contiennent deux fois plus de protéines et de calcium que le lait, autant de potassium que la banane, autant de vitamine A que la carotte, autant de fer que la viande de bœuf ou les lentilles et deux fois plus vitamine C qu'une orange. Toutes les parties de la plante sont employés dans le traitement de différentes maladies par le système de la médecine indigène, en particulier en Asie du Sud (Farooq et al., 2006). En effet, plusieurs auteurs (Besse, 1996 ; Caceres et al., 1991 et Fuglie, 2002) ont rapporté que les feuilles, les fruits, les graines, les racines, l’écorce mais aussi les fleurs possèdent chacun des vertus médicinales particulières. Le potentiel d'enrichissement en matières organiques des feuilles de M. oleifera et son effet positif sur le pH du sol se sont révélés efficaces dans le maintien de sa fertilité en vue d'une production durable de l’aubergine africaine (Utietiang et al. 2013). Abondant dans le même sens, Jason (2013) a rapporté que l'extrait de feuille de M. oleifera contient une hormone de croissance végétale, appelée Zeatin capable d’augmenter les rendements de 25 à 30% pour presque toutes les cultures. Des études récentes menées sur l'effet des extraits de M. oleifera sur les performances de croissance de Telferia occidentalis (Anyaegbu et al., 2013) ont montré que les extraits de M. oleifera augmentaient considérablement le rendement et les composants du rendement de T. occidentalis.

- Solanum melongena : est une espèce de plantes dicotylédones de la famille des Solanaceae, originaire d'Asie. Ce sont des plantes herbacées annuelles, largement cultivées pour leurs fruits comestibles comme plantes potagères ou maraîchères. L'espèce a été domestiquée en Asie depuis l'époque préhistorique. Elle constitue aux côtés de S. aethiopicum L. et S. macrocarpon L., les trois espèces cultivées. Ces solanacées de l'Ancien Monde sont largement représentées dans le monde. Le terme aubergine désigne également le fruit qui se consomme à l’état cuit ou cru. Riche en fibres solubles, elle renferme peu calories (24 calories pour 100 g, 2 % de l'AJR pour 100 g et ne contient pas de graisses. Elle apporte des minéraux, spécialement le potassium, le manganèse, le cuivre et le sélénium. Elle est riche en de nombreuses vitamines B (B1, B5, B6, B9). Elle est efficace dans la diète anti-obésité, sous réserve de la cuisiner sans huile. Les usages médicinaux et pharmaceutiques des diverses aubergines sauvages et cultivées sont aussi anciens que les usages alimentaires, dans son inventaire des sources archéobotaniques et linguistiques d'Inde, de Chine et des Philippines. Rachel, et al. (2014) note 77 types d'indications relatives à la santé. Les propriétés antioxydantes de l'aubergine sont remarquables, cru (Edna et al., 2018) ou cuite (Roberto et al., 2010). Les anthocyanes de la peau ne sont pas seules concernés, les composés phénoliques totaux, les flavonoïdes, l'acide ascorbique permettent de qualifier son activité antioxydante de puissante. Les études réalisées sur un grand nombre de cultivars montrent une variabilité significative, les pourpres ressortent toujours en tête (Nisha et al., 2009). En effet, les aubergines tropicales (S. gilo, S. kumba et S. aethiopicum) limitent la neurodégénérescence hyperglycémique chez le rat (Esther et al., 2019). Ce sont ces propriétés qui suscitent les recherches actuelles, dont les résultats corroborent des observations empiriques : les extraits d'aubergine ont un effet hypotenseur et diurétique. L'American Diabetes Association recommande une diète basée sur l'aubergine dans le cadre du contrôle du diabète type 2 (Kwon et al., 2008). Le traitement des inflammations cutanées est un des usages de la pulpe d'aubergine en ethno-médecine. Une confirmation expérimentale a été obtenue chez la souris albinos : un gel à base de 10% d'alcoolat d'aubergine a un pouvoir cicatrisant aussi puissant qu'une formulation pharmaceutique régénérante réputée (Rudyhit et al., 2019 ). L'aubergine a une teneur en nicotine double de celle de la purée de tomate, proche de celle du poivre vert, largement inférieure au seuil de toxicité, environ 100 ng/g (Edward et al., 1993) dont l'effet serait hypotenseur.

Dispositif expérimental

L’étude consiste à vérifier l’effet de la combinaison de la disposition et du niveau de coupe des plants de M. oleifera sur les rendements S. melongena (aubergine). Ainsi, deux facteurs ont été étudiés.

Le facteur (A) indique la disposition des plants de M. oleifera par rapport aux plants de l’aubergine: Il comprend trois niveaux : le niveau 1 (A1) : les plants de M. oleifera ont été associés aux plants de l’aubergine avec un écartement d’un mètre sur la ligne et entre les lignes de M. oleifera; le niveau 2 (A2) : les plants de M. oleifera ont été associés aux plants de l’aubergine avec un écartement d’un mètre sur la ligne et de deux mètres entre les lignes des plants de M. oleifera; le niveau 3 (A3) : les plants de M. oleifera ont été disposés en haie par rapport aux plants d’aubergine. Deux haies de deux lignes chacune ont été utilisées avec un écartement d’un mètre sur la ligne et entre les lignes des haies et un écartement de deux (2) mètres entre les haies.

Le facteur (B) indique le niveau de coupe sur les plants de M. oleifera : Ce facteur comprend deux niveaux : le niveau 1(B1) : les plants de M. oleifera ont été coupés à 0,5 m du sol ; le niveau 2 (B2): les plants de M. oleifera ont été coupés à 1m du sol. Ces niveaux de coupe représentent ceux habituellement pratiqués respectivement par les exploitants des vallées du fleuve et du Goulbi de Maradi qui sont des zones de prédilection de ces systèmes.

Chaque niveau du facteur (A) a été combiné à chacun des deux niveaux du facteur (B) donnant ainsi six (6) traitements A1B1, A1B2, A2B1, A2B2, A3B1 et A3B2. Aussi, en vue de comparer les résultats avec une situation de référence un traitement témoin (T) où les plants d’aubergine ont été repiqués en culture pure a été mis en place. En somme sept (7) traitements correspondant chacun à une unité expérimentale de 20 m² ont été utilisés avec cinq (5) répétitions.

Figure 1: Dispositif expérimental

A1B1 : les plants de M. oleifera ont été associés aux plants d’oignon avec un écartement de un mètre sur la ligne et entre les lignes de M. oleifera ; les plants de M. oleifera ont été coupés à 0,5 m du sol

A1B2 : les plants de M. oleifera ont été associés aux plants d’oignon avec un écartement de un mètre sur la ligne et entre les lignes de M. oleifera ; les plants de M. oleifera ont été coupés à 1 m du sol

A2B1 : les plants de M. oleifera ont été associés aux plants d’oignon avec un écartement de un mètre sur la ligne et de deux mètres entre les lignes des plants de M. oleifera ; les plants de M. oleifera ont été coupés à 0,5 m du sol

A2B2 : les plants de M. oleifera ont été associés aux plants d’oignon avec un écartement de un mètre sur la ligne et de deux mètres entre les lignes des plants de M. oleifera ; les plants de M. oleifera ont été coupés à 1 m du sol

A3B1 : les plants de M. oleifera ont été disposés en haie par rapport aux plants d’oignon. Deux haies de deux lignes chacune ont été utilisées avec un écartement de un mètre sur la ligne et entre les lignes des haies et un écartement de deux (2) mètres entre les haies ; les plants de M. oleifera ont été coupés à 0,5 m du sol

A3B2 : les plants de M. oleifera ont été disposés en haie par rapport aux plants d’oignon. Deux haies de deux lignes chacune ont été utilisées avec un écartement de un mètre sur la ligne et entre les lignes des haies et un écartement de deux (2) mètres entre les haies, les plants de M. oleifera ont été coupés à 1 m du sol

Le dispositif expérimental utilisé (Figure 1) est un bloc aléatoire complet composé de 35 unités expérimentales.

Conduite de la culture de l’aubergine

L’aubergine a été repiquée au moment où les plants de M. oleifera avaient quatre (4) mois d’installation. Les plants de M. oleifera ont subi la coupe la veille de la mise en place de l’aubergine. Une semaine après la mise en place des plants d’aubergine à la densité de quatre (4) plants/m², il a été procédé à un épandage de fumier à raison de 100 kg par unité expérimentale. Une semaine plus tard, il a été apporté de l’engrais minéral notamment du Di Ammonium Phosphaté (DAP) à raison de 200g par unité expérimentale. A l’apparition des premiers boutons floraux, il a été apporté du NPK (15-15-15) à raison de 1kg par unité expérimentale. Avant chaque épandage d’engrais, il a été procédé à un binage de toutes les unités expérimentales pour permettre une meilleure aération et une bonne infiltration de l’eau. Les premiers fruits ont été récoltés trois (3) mois après le repiquage. Il faut par ailleurs noter que les plants de M. oleifera et ceux de l’aubergine ont toujours été traités au besoin avec du DECIS et du Mancozèbe respectivement en cas d’attaque d’insectes et de champignons.

Collecte des données

Au total, l’étude a porté sur 35 unités expérimentales. Dans chaque unité expérimentale, il a été tracé une placette de 1m². Ce sont les plants contenus dans ces placettes qui ont fait l’objet d’observation. Pour éviter l’effet bordure et l’interférence entre les unités expérimentales, les placettes ont été placées au point de jonction des diagonales de chaque unité expérimentale. Les récoltes ont été faites chaque deux (2) semaines et à chaque récolte, il a été procédé à la mesure du poids des fruits des plants contenus dans le carré de rendement de toutes les unités expérimentales. Au total quatre (4) mesures ont été réalisées. Aussi, la somme des poids a donné le rendement en kg/m² et, par extrapolation, le rendement à l’hectare. Il faut aussi donner la durée totale de l’expérimentation.

Analyses statistiques

Elles ont porté sur les données en rendement et en poids des fruits observés dans les carrés de rendement. Afin de normaliser les populations et de stabiliser les variances, les valeurs numériques collectées de la variable rendement ont été transformées en valeurs logarithmiques (logarithme népérien). Par ailleurs, les valeurs moyennes de tous les paramètres étudiés ont été calculées. La comparaison des moyennes a été faite par ANOVA pour les valeurs du rendement et celles du poids. Les logiciels utilisés pour faire les analyses statistiques sont Ri386 2.15.3 et Minitab version 18.

En vue de déterminer l’effet des traitements sur l’évolution de la production fruitière des plants d’aubergine en fonction du temps, une régression linéaire a été effectuée entre le rendement et le temps. Afin de valider les différents modèles obtenus en fonction des traitements, il a été d’abord procédé à une vérification de la significativité globale du modèle et des coefficients. Ensuite, les tests de la normalité, de la nullité de la moyenne, de l’homogénéité des variances et de l’autocorrélation des résidus studentisés générés par les deux paramètres ont été réalisés.

Résultats

 Effet des traitements sur l’évolution de la productivité de l’aubergine

Les résultats de l’effet des traitements sur l’évolution de la productivité en fruits de l’aubergine est repris dans la figure 2. D’après ces résultats, à la date de la première récolte, seuls les fruits des plants des traitements A2B1, A3B1 et A3B2 étaient parvenus à maturité. A partir de la date de la deuxième récolte, les fruits de plants de tous les traitements ont été à maturité. Les résultats de l’analyse de l’évolution de la production de fruits des plants d’aubergine en fonction des traitements montrent que les courbes des traitements respectifs ont la même tendance.

Légende : A1B1 : les plants de M. oleifera ont un écartement de un mètre sur les lignes et entre les lignes de M. oleifera et sont coupés à 0,5 m du sol; A1B2 : les plants de M. oleifera ont un écartement de un mètre sur les lignes et entre les lignes de M. oleifera et sont coupés à 1 m du sol; A2B1 : les plants de M. oleifera ont un écartement de un mètre sur les lignes et de deux mètres entre les lignes des plants de M. oleifera et sont coupés à 0,5m du sol; A2B2 : les plants de M. oleifera ont un écartement de un mètre sur les lignes et de deux mètres entre les lignes des plants de M. oleifera et sont coupés à 1m du sol ; A3B1 : les plants de M. oleifera sont disposés en haies de deux lignes avec un écartement de un mètre sur les lignes et entre les lignes des haies et un écartement de deux (2) mètres entre les haies et sont coupés à 0,5m du sol ; A3B2 : les plants de M. oleifera sont disposés en haies de deux lignes avec un écartement de un mètre sur les lignes et entre les lignes des haies et un écartement de deux (2) mètres entre les haies et sont coupés à 1m du sol ; T : témoin

Figure 2: Effet des traitements sur l’évolution de la productivité en fruit de l’aubergine (en kg/ha) Sur la figure, la légende des autres courbes n’apparait pas

Par ailleurs, le meilleur rendement est obtenu à la deuxième récolte avec le traitement A2B1 alors que pour les traitements A1B1, A3B1 et A3B2 ce rendement est atteint à la troisième et à la quatrième récolte pour les traitements A1B2, A2B2 et T. Aussi, la production en fruits est croissante pour ces traitements A1B2, A2B2 et T alors qu’elle chute pour les autres après troisième récolte.

Effet des traitements sur la productivité moyenne de l’aubergine

L’effet d’ombrage que les plants de M. oleifera pourraient exercer sur les plants d’aubergine a été évalué. Ainsi, le tableau 1 donne les résultats de l’effet des traitements sur le rendement en fruits de l’aubergine.

Tableau 1: Effet des traitements sur la productivité moyenne, minimale et maximale en fruits de l’aubergine

Il ressort de l’analyse de ces résultats qu’il n’y a pas de différence significative entre les rendements moyens en fruits des plants d’aubergine.

Le rendement moyen est de 19836 ± 20282 kg/ha

Effet des traitements sur la corrélation linéaire entre la productivité en fruits de l’aubergine et le temps

La figure 3 donne les résultats de la productivité des plants d’aubergine en fruits en fonction du temps écoulé après le repiquage. Quant au tableau 2, il donne les valeurs des probabilités (p) pour les différents tests de validation des modèles d’ajustement linéaire entre la productivité en fruits de l’aubergine et le temps de prélèvement en fonction des traitements effectués.

L’analyse des coefficients de détermination (figure 3) montre que les modèles A1B2, A2B2, A3B2 et le Témoin sont ceux qui expliquent le mieux la variabilité de la productivité en fruits en fonction du temps avec plus de 50% de l’inertie et l’analyse du tableau 2 fait ressortir que seul le modèle A1B2 est globalement significatif. L’analyse conjointe de ce tableau et de cette figure montre que ce dernier modèle est le seul dont l’équation s’ajuste le mieux au nuage.

Figure 3: Effet des traitements sur la corrélation linéaire entre la productivité en fruits de l’aubergine et le temps de prélèvement

Tableau 2: Valeurs de la probabilité (p) pour les différents tests de validation des modèles d’ajustement linéaire entre la productivité en fruits de l’aubergine et le temps de prélèvement en fonction des traitements effectués

Discussion 

Les résultats ont montré qu’il n’y a pas de différence significative entre les différents traitements de M. oleifera dans la stimulation de la productivité de fruits des plants d’aubergine. Ces résultats corroborent ceux de Miller et Pallardy (2001) qui stipulent que les rares essais concernant la concurrence pour les éléments nutritifs du sol ont eu des effets généralement négligeables, dans la mesure où les exigences nutritives de la culture intercalaire sont comblées par des pratiques de fertilisation appropriées. La présence des plants de M. oleifera n’a donc pas eu d’effet significatif sur le rendement en fruits de l’Aubergine. Rabo et al. (2020) ont, en effet, abouti à des résultats similaires. Ces auteurs en étudiant l’effet combiné de la disposition et du niveau de coupe des plants de M. oleifera sur le rendement en bulbe de l’oignon ont montré que les plants M. oleifera n’ont pas d’effet significatif sur le rendement de la culture sous-jacente. Aussi, selon Léger et al. (2019), les producteurs maraichers de France ont estimé que l’agroforesterie ne crée pas de concurrence susceptible d'avoir un impact négatif sur la productivité des cultures.

Par ailleurs, les plants de M. oleifera étaient très jeunes quand l’aubergine a été repiquée. Ce qui pourrait justifier le fait que ces plants de M. oleifera n’auraient pas pu provoquer une influence significative dans le rendement des cultures intercalaires. Selon Rivest et al. (2010), les jeunes arbres feuillus n’occasionnent généralement aux cultures qu’une perte de productivité négligeable, leur effet pouvant même être bénéfique dans certains cas. Cependant, à l’usure, les cultures intercalaires peuvent subir le contrecoup de la concurrence des arbres pour les facteurs tels que la lumière, l’eau et les éléments minéraux du sol. Lin et al. (1999) et Clinch et al. (2009) ont respectivement montré que l’effet ombrage au lieu de provoquer une diminution, améliorerait les rendements en fétuque élevée et en saule comparativement à la monoculture. En plus, les écartements adoptés, combinés aux prélèvements réguliers des feuilles de M. oleifera, joueraient en faveur d’une pénétration du système par la lumière et éviterait davantage la compétition pour ce facteur limitant. En effet, Rabo et al. (2015) ont montré que la combinaison des facteurs disposition et niveau de coupe des jeunes plants de M. oleifera n’entamerait pas le rendement en pomme du chou (Brassica oleracea, variété oxylus).

Par ailleurs, l’influence des plants de M. oleifera sur les paramètres étudiés pouvait s’exercer par effet ombrage. Pourtant ceci n’a pas été le cas compte tenu de la coupe exercée sur les plants. En effet, aussitôt après la coupe, toutes les cultures ont été repiquées et il a fallu une période de deux mois pour que les feuilles de M. oleifera se développent bien. Ainsi, cet effet ombrage ne saurait perturber le développement de la culture intercalaire car les feuilles sont régulièrement prélevées laissant ainsi la lumière atteindre la culture sous-jacente.

Cette étude s’est aussi intéressée à la corrélation linéaire entre la productivité en fruits de l’aubergine et le temps de prélèvement. En effet, seuls les traitements où les plants de M. oleifera ont été coupés à un mètre du sol d’une part, et le témoin d’autre part, ont montré une corrélation linéaire entre la productivité en fruits de l’aubergine et le temps de prélèvement. On peut ainsi postuler que les traitements où les plants de M. oleifera sont coupés à un mètre du sol se comportent vis-à-vis de l’aubergine comme le témoin c’est à dire l’absence totale d’arbre. En effet, la corrélation est toujours positive quel que soit le traitement même si, souvent, elle reste très faible. Ce qui justifierait que plus le temps passe, plus on assiste à une formation importante des fruits de la culture sous-jacente. En d’autres termes, même en présence des plants de M. oleifera les fruits de l’aubergine se forment bien et leur formation n’est pas perturbée par la présence l’arbre. Ici, il faut trouver une étude pour conforter tes résultats.

Conclusion

L’effet combiné de la disposition et du niveau de coupe des plants de M. oleifera sur le rendement en fruits de l’aubergine a été étudié. Mais que cette combinaison des facteurs n’a pas eu d’effet sur les rendements en fruits de la culture. Les résultats ont montré également que pour les traitements A1B2, A2B2, A3B2 et le Témoin la productivité en fruits est bien corrélée au temps et ont fait aussi ressortir que seul le modèle A1B2 est globalement significatif. Il ressort de cette étude que les différentes combinaisons de la disposition et du niveau de coupe des plants de M. oleifera n’ont pas une influence significative sur le rendement en fruits de l’aubergine et l’augmentation de la productivité en fruits de l’aubergine est fonction de la durée dans le temps. Cette étude a mis ainsi mis en évidence que l’association l’aubergine aux plants de M. Oleifera est productive car il n’existe aucun risque de perte considérable de rendement liée à l’association ou aux traitements effectués sur les plants M. oleifera. C’est une technique agroforestière à promettre auprès des exploitants agricoles dans leur quête de sécurité alimentaire dans ce contexte de raréfaction des terres cultivables.

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